Festival de Condrieu 2013 (Vendanges graphiques)

Un week-end absolument charmant, près de Vienne et dont le nom constitue tout un programme: Vendanges graphiques.

Bon, alors la B.D.: des invités à rencontrer ou à revoir: entre autres Jean-Christophe Chauzy, Raphaël Gauthey, le clan Jouvray, Matthias Picard, Jean-Philippe Stassen, Tom Pirabosco, Etienne Léocrat, Anouk Ricard, Frederik Peeters etc. et un prix Goncourt d’une belle humilité qui réconcilie avec la blanche: Alexis Jenni.

Et puis du vin, hein! (voir l’intitulé du festival). Et d’abord la découverte que le Condrieu blanc est formidable (je ne connaissais pas). Sans compter une soirée passée à déguster une cinquantaine de Côtes rôties et Saint-Joseph avec des escargots et des champignons, entre autres merveilles. Eh bien le lendemain me demanderiez-vous? Parfait! Quand le vin est bon, preuve est faite que le mal de crâne est absent (pas de sulfite). Et heureusement parce qu’avec les journées dédiées aux dédicaces, il fallait tenir.

En bref, un festival à l’organisation humaine et amicale; une première édition avec un bon succès. De quoi donner envie d’y retourner…

Decay

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Detroit représente l’avenir des Usa à la fin du XIX° siècle et s’orne de constructions nouvelles, ambitieuses, modernes. Et bien sûr la ville est également l’emblème de la production automobile,  partie importante de la culture américaine.

La ville, quatrième en importance aux états-unis dans les années 50, se transforme, les usines et résidences fleurissent en banlieue, la désindustrialisation arrive, les révoltes urbaines (1967) font rage. Bientôt, le centre ville est déserté, puis la crise qui touche le nord des Etats-unis frappe durement. La ville perd un quart de ses habitants entre 2000 et 2100. Le centre ville offre désormais un spectacle apocalyptique qui inspire deux photographes: Yves Marchand et Romain Meffre.

Ce qui me fascine dans ces images (j’ai toujours adoré les images post-apocalyptiques, probablement pour le romantisme extrême qu’elles évoquent, et cet enchantement a largement contribué à mon goût pour la science-fiction), c’est le vécu encore tangible: les chaises sont présentes, le piano également, ou encore ce matériel de cabinet de dentiste. On a le sentiment que l’homme a déserté les lieux en catastrophe, laissant tout derrière lui, alors que cet exode a bien sûr été progressif. Car voilà, la société d’abondance délaisse les anciennes constructions sans même prendre la peine de récupérer ce qui pourrait encore l’être: j’ai l’impression de voir là comme un emballage dans une poubelle, un papier gras de béton et de stuc à l’échelle d’une ville et que l’on jette après usage. Même la vue des coffres de banque rouillés, en vrac sur un sol en pente, devant la porte de la chambre forte; laisse un arrière-goût étrange… L’homme est bien sûr absent de ces photos: il n’a plus rien à y faire; les ruines nous invitent seulement à rêver et à nous questionner.

A visiter: http://www.marchandmeffre.com/detroit/index.html

Izneo

Izneo a retiré une bonne partie de son catalogue BD destiné au marché américain.

Bien, sûr, la quantité de livres mis de côté est importante, mais Apple n’a donné aucune liste d’ouvrages à enlever: il a laissé le soin du tri à Izneo afin que ce distributeur se mette en conformité avec la loi (et qu’il respecte, finalement, le contrat qu’il avait signé avec Apple, et quand on connaît l’épaisseur des contrats Us, on peut deviner sans peine qu’une clause devait bien être intégrée). Car c’est bien de cela qu’il s’agit: de loi. Une société doit s’accorder aux lois du pays avec lequel elle fait du business. Il faut bien reconnaître (admettre) cette logique. La crainte des poursuites judiciaires encourageant évidemment Apple au respect par ses partenaires des lois américaines.
Donc, pour les BDs européennes destinées à la vente aux Usa, Izneo ne peut continuer de proposer celles contenant des images de nudité, ou de simples décolletés (mais on peut laisser celles montrant la violence pourra-t-on regretter; question de culture). Qu’Izneo soit même allé jusqu’à enlever Blake et Mortimer me fait franchement rire car je ne vois pas où peut bien se nicher l’érotisme dans cette bande particulièrement pauvre en nudité, surtout féminine, mais c’est le choix d’Izneo, pas celui d’apple.

De la même manière, la Chine a demandé à Apple d’enlever de sa plate-forme les livres sur le Tibet soupçonnés de contenu subversif (donc interdits selon la loi locale). Apple l’a accepté, encore une fois pour être dans la légalité, et ‘accessoirement’ parce que cela constituerait des motifs de fâcherie entre un marché d’1,2 milliard d’habitants et une société désireuse de s’y implanter. Je dis cela, mais pourtant, bien que j’aime mes amis chinois, je condamne tout autant l’attitude du gouvernement chinois vis-à-vis du Tibet; seulement lorsque je vais en Chine, je la ferme car je suis invité chez eux. Question de respect (ces amis, ‘influencés’ par la propagande de l’état ne sauraient d’ailleurs même pas de quoi je parlerais, et quand bien même ce serait le cas, je les placerais dans une situation embarrassante), et aussi question de conformité à la loi (j’aime autant éviter les geôles chinoises…). Par contre, je m’insurge en France contre le génocide culturel et humain que cette invasion provoque: la loi m’autorise à le faire.

On est en droit de râler contre la pudibonderie américaine, et je ne m’en prive pas d’ailleurs, mais la demande d’Apple est tout à fait logique et surtout, répétons-le, légale. On trouverait, nous français, tout à fait absurde qu’un distributeur bien de chez nous ait à son catalogue des ouvrages érotiques destinés au marché saoudien ou yéménite. Ou encore qu’un distributeur étranger propose à la vente en France des ouvrages iraniens antisémites (ce qui est interdit par la loi française). Bien sûr, il y a une sacrée marge entre l’érotisme et l’antisémitisme, mais le principe reste similaire: on doit s’accorder aux lois et aux cultures du pays avec lequel on fait des affaires.

Cela me fait penser qu’il fait que j’aille visiter le musée de l’érotisme, depuis le temps que j’y pense. C’est en France, profitons-en…

Erwin Olaf (1)

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Né Erwin Olaf Springveld (1959-), néerlandais. Des études de journalisme, puis un concours en 88 (Chessmen) qui le lance.

Je pourrais parler longuement de son travail assez diversifié et j’y reviendrai ultérieurement avec des clichés témoignant d’autre style. Dans ce post, je préfère privilégier la mise en scène référentielle aux techniques picturales (ouverture souvent unique faisant entrer une lumière extérieure blanche, blafarde presque; mise en place et composition au millimètre, équilibrage des valeurs, estompage des ombres, respect des matières, contrastes de couleurs); et bien évidemment choix des sujets (natures mortes, portraits en pied, scènes religieuses etc.).

La série de natures mortes réalisée en collaboration avec la styliste Tatjana Quax représente un cas ultime de jeu sur le clair-obscur, sur le mise en place, l’effacement des valeurs bouchées ou grillées (trop noires, trop blanches). Tout est mesuré, quantifié, jusqu’au drapé et la position des doigts. Au millimètre. La raison l’emporte, l’analyse prévaut. Là, l’artiste (le photographe) s’efface derrière le modèle à reproduire.

Je dois avouer que j’adore ce type de bel ouvrage. Parce que la référence à l’Histoire de la peinture, et, de manière plus générale, les clins d’oeil à la culture passée me parlent; et parce que le soin extrême apporté à la réalisation de ce jeu force évidemment l’admiration et fait naître un sourire amusé.