Trois fois rien

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Trois fois rien.

(de Petra Mrzyk et Jean-François Moriceau; édité chez les Requins marteaux, 2006).

Et bien « trois fois rien », c’est un bon titre, mais le contenu de ce livre pavé, très bien imprimé, dément l’accroche: ce n’est que du bonheur page après page, et bien rempli. Avec une générosité dans le fouillis, un fringale d’essais de techniques, des idées en pagaille. Entre Topor et le Pop-art parfois. La mise en page laisse la part belle au blanc du fond et affiche de curieux déséquilibres dans le bon sens du terme. Certains personnages sont récurrents, et des thèmes ricochent de temps à autre au fil des pages, et l’on est emporté par un élan créatif que j’ai rarement vu.

Une merveille à découvrir.

Hey! Modern Art & Pop Culture 2ème édition

Mise en page 1

Une très belle exposition à la halle saint-Pierre, encore une fois visitée avec ma fille Sélina. Consacrée en particulier à certaines formes d’art brut, mais pas seulement, car se côtoient les travaux d’une soixantaine d’artistes aux styles variés et n’entretenant pas forcément de rapport étroit avec l’expression de Dubuffet. Le principal trait commun entre ces personnalités tient en la réutilisation ou l’interprétation de la culture contemporaine et de l’art populaire.

Tout l’intérêt de ce dédale exaltant tient en sa variété, les supports utilisés, les propos (politiques, religieux, narratifs…), les styles. Une macédoine, ou un cabinet de curiosité c’est selon, plongeant ses racines dans l’effervescence contemporaine (les artistes sont majoritairement jeunes, ce qui encourage un regard direct sur l’actualité), souvent inspirés par la culture d’aujourd’hui, comme en témoignent les récupérations d’icônes, les assemblages et collages, ou encore la relecture moderne de classiques réinterprétés à la sauce surréaliste. Les sculptures très organiques de Choi Xooang (magnifique ailes constituées de mains), côtoient les crânes habillés de Jim Skull, les fouillis organisés et mono-maniaques du désormais classique Joe Coleman, le travail de Mike Davis exposant une collection de faux Brueghel ou Bosch qui auraient étudié Freud, Dali et Walt Disney, les livres sculptés de Brian Dettmer, ou les poupées Barbie déglinguées de Mariel Clayton. A côté des nouveaux venus, quelques classiques comme des planches de Winsor McCay, ou des dessins de l’épopée Bazooka du tournant 1980, ou même les dernières sculptures de Giger.

Cette expo mélange de Pop et de surréalisme se tient jusqu’au 23 Août 2013.

http://www.hallesaintpierre.org/2012/11/hey-modern-art-pop-culture-part-ii-2/

Decay

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Detroit représente l’avenir des Usa à la fin du XIX° siècle et s’orne de constructions nouvelles, ambitieuses, modernes. Et bien sûr la ville est également l’emblème de la production automobile,  partie importante de la culture américaine.

La ville, quatrième en importance aux états-unis dans les années 50, se transforme, les usines et résidences fleurissent en banlieue, la désindustrialisation arrive, les révoltes urbaines (1967) font rage. Bientôt, le centre ville est déserté, puis la crise qui touche le nord des Etats-unis frappe durement. La ville perd un quart de ses habitants entre 2000 et 2100. Le centre ville offre désormais un spectacle apocalyptique qui inspire deux photographes: Yves Marchand et Romain Meffre.

Ce qui me fascine dans ces images (j’ai toujours adoré les images post-apocalyptiques, probablement pour le romantisme extrême qu’elles évoquent, et cet enchantement a largement contribué à mon goût pour la science-fiction), c’est le vécu encore tangible: les chaises sont présentes, le piano également, ou encore ce matériel de cabinet de dentiste. On a le sentiment que l’homme a déserté les lieux en catastrophe, laissant tout derrière lui, alors que cet exode a bien sûr été progressif. Car voilà, la société d’abondance délaisse les anciennes constructions sans même prendre la peine de récupérer ce qui pourrait encore l’être: j’ai l’impression de voir là comme un emballage dans une poubelle, un papier gras de béton et de stuc à l’échelle d’une ville et que l’on jette après usage. Même la vue des coffres de banque rouillés, en vrac sur un sol en pente, devant la porte de la chambre forte; laisse un arrière-goût étrange… L’homme est bien sûr absent de ces photos: il n’a plus rien à y faire; les ruines nous invitent seulement à rêver et à nous questionner.

A visiter: http://www.marchandmeffre.com/detroit/index.html

Geof Kern

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Geof Kern, est un photographe travaillant pour la presse et possédant un goût prononcé pour l’onirisme et le spectaculaire.

Les mises en scène sont soignées, faisant parfois appel à la post-production.

Ce qui étonne le plus, c’est la diversité des travaux: noir et blanc, couleur, mais surtout recherches graphiques pures, associations surréalistes, subtils décalages avec le monde réel, critiques comportementales, références littéraires etc.

 

http://www.geofkern.com

 

myeongbeom kim, le signe détourné

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Posant son regard sur le ponde, il attend que des associations surgissent et leur donne corps dans des installations. L’assemblage des composants, à la manière des surréalistes, est souvent constitué d’un élément naturel avec un objet manufacturé. L’ensemble donne un sentiment d’équilibre, une certaine forme de sérénité même, grâce à la simplicité du processus et l’évidence des relations exposées.

http://www.myeongbeomkim.com/en/

Les saynètes de Tim Walker

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Tim Walker, né en 1970, anglais, ancien assistant de Richard Avedon à NYC. http://timwalkerphotography.com

Un style unique, onirique, extravagant, baroque, coloré, organisé au millimètre près dans le cadre avec un stylisme au-delà de tout reproche. Bien sûr, il s’agit là de photographies de mode, donc publicitaires, mais ce ne sont pas tant des produits qui sont présentés plutôt que des histoires, ou à tout le moins des saynètes. Les photos de Walker racontent, ce sont des instantanés narratifs dans le sens où l’on y perçoit systématiquement un avant et un après. Et souvent nous nous surprenons à désirer vivre dans un monde aussi merveilleux et déjanté.

Le choix des images pour cette courte présentation était délicat tant son oeuvre est éblouissante et variée, aussi je conseille d’aller explorer son site dont l’adresse figure plus haut.

Tim Walker travaille 10 ans pour Vogue et lorgne désormais du côté de la réalisation de longs métrages.