14 novembre 1925

Breton & Desnos, dans le catalogue de la première exposition surréaliste se tenant à la galerie Pierre à Paris:

« Le moment sera venu de nous séparer de tout ce qui nous a jamais retenus, de ne plus nous perdre aux jeux du cadran muet ou de la borne : 6.396.78. Désormais la nuit est reine ; rien ne saurait émouvoir ceux dont elle comble les maisons et les cœurs – rien, pas même le silence, à peine un dialogue d’insectes »

Trois fois rien

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Trois fois rien.

(de Petra Mrzyk et Jean-François Moriceau; édité chez les Requins marteaux, 2006).

Et bien « trois fois rien », c’est un bon titre, mais le contenu de ce livre pavé, très bien imprimé, dément l’accroche: ce n’est que du bonheur page après page, et bien rempli. Avec une générosité dans le fouillis, un fringale d’essais de techniques, des idées en pagaille. Entre Topor et le Pop-art parfois. La mise en page laisse la part belle au blanc du fond et affiche de curieux déséquilibres dans le bon sens du terme. Certains personnages sont récurrents, et des thèmes ricochent de temps à autre au fil des pages, et l’on est emporté par un élan créatif que j’ai rarement vu.

Une merveille à découvrir.

What if… les affiches de Peter Stults

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Peter Stults est un graphiste new-yorkais qui s’est amusé à (re)créer des affiches de films contemporains (ou presque) dans un style des années 50 et 60. L’idée n’est pas totalement nouvelle, car la tendance est au rétro avez-vous remarqué?, et Stults s’est par ailleurs inspiré du travail d’un autre graphiste, Sean Hartter, dont vous pouvez contempler les oeuvres là: http://hartter.blogspot.fr/2009/11/misc.html

Loin de moi de minimiser le travail de Peter Stults car il est nécessaire de posséder une bonne connaissance des styles pour pouvoir les détourner et, plus simplement, d’avoir le déclic de la relation entre une mise en page ancienne codifiée et le thème d’un film récent. Le travail sur Drive, notamment, est assez judicieux. Celui de 2001 relève de l’hommage, on l’aura compris, et Lang le visionnaire, réalisateur du premier film ‘sérieux’ de SF, aurait probablement apprécié qu’on lui attribue le chef-d’oeuvre de Kubrick. Peter Sellers aurait été parfait pour interpréter Groundhog Day, on aurait pu porter son choix sur Buster Keaton, mais on aurait trop changé d’époque… Quand à Avatar, avec son florilège d’effets et de 3D, il s’inscrit parfaitement dans la mouvance des films spectaculaires des années 50 et de leur mise en valeur des écrans larges, stéréoscopie etc. dont la nouveauté servait d’appareil publicitaire.

Vous pourrez  admirer davantage du travail de Peter Stults à l’adresse suivante: http://www.behance.net/PeterStults

Robert Auer (1873–1952)

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En voilà un peintre oublié!

Croate, formé à l’académie de Vienne et celle de Munich au moment de l’art nouveau (très évident dans son oeuvre), il voyage et est influencé par les grands centres culturels européens. Il devient célèbre en temps que portraitiste de la haute bourgeoisie (si, si…), avec plus de 150 portraits réalisés.

C’est le seul croate à présenter son travail à l’exposition d’art nouveau de Munich en 1896 et est vite reconnu, en particulier après son exposition à Paris en 1906. Néanmoins, son oeuvre est largement sous-estimée (qui connaît son nom?) sauf par quelques collectionneurs avisés. D’ailleurs, la plupart des tableaux, dessins et aquarelles exposés lors de rétrospectives sont issus de collections particulières.

Il est surtout, on le comprend en regardant les reproductions de toiles présentées ici, un peintre de l’érotisme. Est joint également une photographie d’un modèle dans son atelier (à préciser qu’il photographiait lui-même ses modèles).

A noter également: les oeuvres étant peu exposées, les reproductions présentées ici sont issus de scans des catalogues, d’où leur piètre qualité.

Hey! Modern Art & Pop Culture 2ème édition

Mise en page 1

Une très belle exposition à la halle saint-Pierre, encore une fois visitée avec ma fille Sélina. Consacrée en particulier à certaines formes d’art brut, mais pas seulement, car se côtoient les travaux d’une soixantaine d’artistes aux styles variés et n’entretenant pas forcément de rapport étroit avec l’expression de Dubuffet. Le principal trait commun entre ces personnalités tient en la réutilisation ou l’interprétation de la culture contemporaine et de l’art populaire.

Tout l’intérêt de ce dédale exaltant tient en sa variété, les supports utilisés, les propos (politiques, religieux, narratifs…), les styles. Une macédoine, ou un cabinet de curiosité c’est selon, plongeant ses racines dans l’effervescence contemporaine (les artistes sont majoritairement jeunes, ce qui encourage un regard direct sur l’actualité), souvent inspirés par la culture d’aujourd’hui, comme en témoignent les récupérations d’icônes, les assemblages et collages, ou encore la relecture moderne de classiques réinterprétés à la sauce surréaliste. Les sculptures très organiques de Choi Xooang (magnifique ailes constituées de mains), côtoient les crânes habillés de Jim Skull, les fouillis organisés et mono-maniaques du désormais classique Joe Coleman, le travail de Mike Davis exposant une collection de faux Brueghel ou Bosch qui auraient étudié Freud, Dali et Walt Disney, les livres sculptés de Brian Dettmer, ou les poupées Barbie déglinguées de Mariel Clayton. A côté des nouveaux venus, quelques classiques comme des planches de Winsor McCay, ou des dessins de l’épopée Bazooka du tournant 1980, ou même les dernières sculptures de Giger.

Cette expo mélange de Pop et de surréalisme se tient jusqu’au 23 Août 2013.

http://www.hallesaintpierre.org/2012/11/hey-modern-art-pop-culture-part-ii-2/

Erwin Olaf (1)

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Né Erwin Olaf Springveld (1959-), néerlandais. Des études de journalisme, puis un concours en 88 (Chessmen) qui le lance.

Je pourrais parler longuement de son travail assez diversifié et j’y reviendrai ultérieurement avec des clichés témoignant d’autre style. Dans ce post, je préfère privilégier la mise en scène référentielle aux techniques picturales (ouverture souvent unique faisant entrer une lumière extérieure blanche, blafarde presque; mise en place et composition au millimètre, équilibrage des valeurs, estompage des ombres, respect des matières, contrastes de couleurs); et bien évidemment choix des sujets (natures mortes, portraits en pied, scènes religieuses etc.).

La série de natures mortes réalisée en collaboration avec la styliste Tatjana Quax représente un cas ultime de jeu sur le clair-obscur, sur le mise en place, l’effacement des valeurs bouchées ou grillées (trop noires, trop blanches). Tout est mesuré, quantifié, jusqu’au drapé et la position des doigts. Au millimètre. La raison l’emporte, l’analyse prévaut. Là, l’artiste (le photographe) s’efface derrière le modèle à reproduire.

Je dois avouer que j’adore ce type de bel ouvrage. Parce que la référence à l’Histoire de la peinture, et, de manière plus générale, les clins d’oeil à la culture passée me parlent; et parce que le soin extrême apporté à la réalisation de ce jeu force évidemment l’admiration et fait naître un sourire amusé.

Chiharu Shiota

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Chiharu Shiota, artiste japonaise née en 1972 à Osaka et travaillant à Berlin.

Son travail se situe à mi-chemin entre performances et installations, jouant sur les éléments du souvenir, figés dans le temps. Les accumulations font évidemment références aux camps d’extermination.

Je laisse au lecteur le choix d’interpréter la présence de ces fils noirs reliant les éléments de certains installations: fils d’araignées? Piège refermé sur les traces d’un présent éternel? Présence enfin visible d’une réalité généralement occultée?

http://www.chiharu-shiota.com/

Noir comme l’éblouissement: L’ange du bizarre. Le romantisme noir de Goya à Max Ernst

Une très belle exposition,

Les textes présentant chaque salle sont éclairants. Le choix des toiles pertinent, même si l’on regrette quelques manques (le symbolisme n’est représenté que par quelques artistes, la musique est totalement absente).

Néanmoins, le parcours est fascinant, et bien évidemment, le parallèle avec notre époque ne peut manqué d’être effectué. Le rêve et le cauchemar: cette occulte part de notre esprit, manifestation des pulsions et désirs qui constituent notre terreau nous tend un miroir sur notre être secret et nos craintes les plus cachées. Elle est soigneusement escamotée de nos jours, ou pire, travestie dans le but d’être transformée en une valeur quantifiable et commercialisable pour le plus grand monde, détruisant la véritable catharsis des récits qui attaquaient et nourrissaient les racines de l’inconscient au profit de spectacles méticuleusement édulcorés.

Pourtant, le véritable effroi gothique, l’obscure clarté des forêts emprisonnantes, les créatures démoniaques et mon amie La Mort, méritent mieux qu’une récupération vestimentaire et cinématographique formatées en ces temps où le futur est sombre et où le constat de tout système politique, philosophique et économique est désormais amer et sans plus d’illusion, ce qui pourtant, à une époque, était à l’origine du romantisme noir.

http://www.musee-orsay.fr/index.php?id=649&L=0&tx_ttnews%5Btt_news%5D=35087&no_cache=1

Jean-Édouard Dargent dit Yan’ Dargent

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Jean-Edouard Dargent (Yan’ Dargent), peintre et graveur d’origine bretonne un peu oublié aujourd’hui (1824-1899).

Un importante partie de sa production est consacrée à la peinture de sa région.

Son oeuvre est très inégale et insuffisamment personnelle, ce qui explique peut-être en partie le manque de notoriété. Néanmoins, il travaille pour Hetzel, Garnier, Furne & Boivin… Son oeuvre gravée comprend en particulier une adaptation de Dante, de Poe, Handersen…

Il collabore également à des magazines en tant qu’illustrateur (pour le Magasin pittoresque; Le musée des familles, la France illustrée…)

A coté de ces travaux de commande, un certain nombre de peintures inspirées par les paysages bretons et quelques toiles que l’on peut rattacher sans trop de problème au courant symboliste.