Interstellar: l’homme est né sur la Terre, va dans l’espace, reste new-âge et tradi parce que l’Amour, c’est beau.

Je n’ai pas cessé de louer les films de Christopher Nolan, avec toutefois quelques réserves. Le choc occasionné par la vision de Memento avait rivé mon attention sur ce réalisateur; Insomnia et surtout The prestige, au scénario époustouflant, m’avaient définitivement conquis.

En tant qu’amateur de SF, je ne pouvais rater le dernier opus, Interstellar (Interstellaire au Québec, au cas où on ne comprendrait pas).

C’est donc, malgré la petite voix qui ronronnait dans mon esprit et me disait: « fais gaffe », que j’ai accepté de m’asseoir 2h48 heures durant devant le film.

Las! La déception a été grande, et il est intéressant de tenter d’en comprendre les raisons.

Pour cela, revenons aux sources du film. Le projet a connu une gestation difficile, comme souvent dans les studios américains. Il est d’abord acheté par Steven Spielberg qui colle Jonathan Nolan, le frère de, au scénario. Le Jonathan est bien connu: c’est lui qui avait écrit Mémento justement (le film variera quelque peu du récit d’origine) et adaptera (très bien) Le prestige. Spielberg décide finalement de ne pas réaliser le film et c’est Christopher Nolan qui le récupère six ans plus tard. Sa vision doit alors s’accorder au précédent développement, même si c’est toujours le frère-scénariste qui reste aux commandes. Et c’est là que l’on sent les deux cultures, les deux propos, frotter.

Il y a pourtant des points intéressants, voire particulièrement bien mis en scène dans le film. Ainsi, la fin montrant un espace à multiples dimensions, ou les vues de la planète aquatique et ses impressionnantes montagnes liquides. Mais tous ces effets visuels n’occultent pas le vide narratif.

Un vide paradoxal car l’espace, pourtant acteur et décor, est singulièrement peu montré, ou en tout cas, sans le moindre amour, sans cet appel que tous les nostalgiques qui ont connu les explorations de la Nasa et le périple vers la lune, ou écouté David Bowie oserais-je ajouter, comprendront. À cet égard, Gravity reste le modèle de l’hymne sans reproche à cette dimension évanescente, froide, aux dimensions extra-humaines mais si fascinante. Dans Interstellar au contraire, on sent en permanence que Nolan veut rester sur terre. L’espace ne l’intéresse pas. Et pour cela, il fait appel à l’humain, ou plutôt à l’image de l’humain, dans tout ce que cette notion peu contenir de désuet et cucul la praline. En fait, tout le propos du film revient à: « ne partez pas: le bonheur, c’est simple comme un champ de maïs et une bonne vieille famille dans une cuisine ». Bref, le film est conservateur et profondément rural. Les pieds dans la boue, la tête dans le passé et non dans les étoiles. Interstellar est un film de science-fiction, certes, mais dont on sent que les prémices scientifiques devaient tant déranger Nolan qu’il n’a pu s’empêcher de flirter avec le fantastique (le fantôme perçu par la fille), même si une explication finale un poil tirée par les cheveux permet de rationaliser les phénomènes paranormaux.

Le personnage principal choisi (pour des raisons peu crédibles) pour être le sauveur de l’humanité, se révélera finalement si lié à sa fille, que cette dernière, restée sur terre et ayant voulu empêcher que son père parte pour l’espace, deviendra la messie de l’humanité. Par le biais des innombrables hommages à 2001 l’Odyssée de l’espace, on n’échappera pas non plus aux transmissions vidéo des proches restés sur Terre. L’amour, davantage que la gravité pourtant citée à de nombreuses reprises, constitue le lien ultime dans l’espace et surtout dans le temps, assure la cohérence de l’univers. Plus fort que la matière noire, c’est dire. Tout ce mélo vaguement new-âge à l’habillage technologique fleure le Spielberg des premières années, et même un peu après: que l’on pense à IA par exemple, modèle de niaiserie mâtinée de candeur. Là où Spielberg avait réussi avec ET en mêlant avec brio science, amour et merveilleux, Nolan s’arrête à notre vie ordinaire, telle que perçue au travers du filtre d’un roman sentimental de gare. Et pourquoi pas d’une certaine manière? Mais le paradoxe est que le film n’est pas très organique: bien sûr, Nolan reprend l’idée des gros plans sur les personnages de 2001 (la vue sur les casques lors du passage du trou de ver), ou maquille convenablement ses personnages pour qu’ils soient liés à la matière et notamment à la poussière (symbole de mort dans le film, mais dont toute personne est issue dans les mythologies, car représentation de l’élément « terre-notre mère »). Mais il ajoute aussi une histoire d’amour de laquelle on ne ressent aucune passion, il ne fait pas éprouver non plus les 23 ans d’attente du pauvre gus coincé dans son vaisseau (on blanchit un peu sa barbe et le tour est joué)… Tout dans le film est froid, dépourvu d’âme, et les trois heures passent lentement. Quant aux explications scientifiques émaillant le film et qui ont constitué le moteur du marketing, elles sont difficiles à suivre pour un néophyte et surtout n’engagent psychologiquement aucun personnage. Les dialogues sont à l’unisson: finalement assez plats, ne révélant que peu de psychologie des astronautes.

Finalement, la bonne surprise de ce film bien trop long vient du design très inventif et même de l’esprit des robots. C’est dire…

Ne risquez plus votre vie: achetez une Sir-Vival Concept car 1958!!!

Sir-Vival Safety Car Avril 1959Sir-Vival Safety Car 3 Sir-Vival Safety Car

Voilà un voiture des années 50 (fin de la décennie, 1958 pour être précis), réalisée par un inventeur du Massachusetts, W. C. Jerome en customisant un tout petit peu une Hudson 1947 pour la partie arrière, et une Nash 1948 pour la partie avant. Ca donne tout de suite un look d’enfer pour aller à la boulangerie ou récupérer ses mômes à l’école, sans compter la facilité pour se garer, hein… Mais bon, le but n’était pas d’être original plutôt que de produire la voiture la plus sûre au monde en protégeant les passagers et le conducteur des chocs…

La tourelle sur 360° vaut le détour. A mon avis, il manque les canons anti zombies, mais bon, sur le prochain modèle avec de la chance…

Decay

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Detroit représente l’avenir des Usa à la fin du XIX° siècle et s’orne de constructions nouvelles, ambitieuses, modernes. Et bien sûr la ville est également l’emblème de la production automobile,  partie importante de la culture américaine.

La ville, quatrième en importance aux états-unis dans les années 50, se transforme, les usines et résidences fleurissent en banlieue, la désindustrialisation arrive, les révoltes urbaines (1967) font rage. Bientôt, le centre ville est déserté, puis la crise qui touche le nord des Etats-unis frappe durement. La ville perd un quart de ses habitants entre 2000 et 2100. Le centre ville offre désormais un spectacle apocalyptique qui inspire deux photographes: Yves Marchand et Romain Meffre.

Ce qui me fascine dans ces images (j’ai toujours adoré les images post-apocalyptiques, probablement pour le romantisme extrême qu’elles évoquent, et cet enchantement a largement contribué à mon goût pour la science-fiction), c’est le vécu encore tangible: les chaises sont présentes, le piano également, ou encore ce matériel de cabinet de dentiste. On a le sentiment que l’homme a déserté les lieux en catastrophe, laissant tout derrière lui, alors que cet exode a bien sûr été progressif. Car voilà, la société d’abondance délaisse les anciennes constructions sans même prendre la peine de récupérer ce qui pourrait encore l’être: j’ai l’impression de voir là comme un emballage dans une poubelle, un papier gras de béton et de stuc à l’échelle d’une ville et que l’on jette après usage. Même la vue des coffres de banque rouillés, en vrac sur un sol en pente, devant la porte de la chambre forte; laisse un arrière-goût étrange… L’homme est bien sûr absent de ces photos: il n’a plus rien à y faire; les ruines nous invitent seulement à rêver et à nous questionner.

A visiter: http://www.marchandmeffre.com/detroit/index.html